Eric Dickerson : Le Roboback de Los Angeles

La vie sportive de la cité des anges dans les années 1980 rimait avec quelques noms : la Fernandomania prenait le Dodgers Stadium, tandis que les patinoires étaient le territoire de Marcel Dionne et de sa Triple Crown Line. Mais ces deux légendes, hall of famers dans leur sport respectif ne sont rien comparé à l’aura qu’ont eu Magic Johnson sur les parquets et Eric Dickerson sur le gridiron. Le running back des Rams était LA star du foot US durant la première moitié des années 1980.

Le visage caché derrière ses inamovibles googles qu’il partage avec Kareem Abdul-Jabbar et James Worthy, le corps engoncé dans une armure complète, rarement un coureur n’était arrivé sur le terrain avec autant de protections. Pourant, Eric Dickerson fut efficace comme personne au sein de la NFL. Toute sa vie, sa destinée était d’écrire l’histoire. Mais lui voulait surtout être reconnu et payé à sa juste valeur. Retour sur la carrière d’un homme qui a bousculé les lignes, sur et en dehors du terrain.

Le meilleur facteur du Pony Express

À l’aube de sa carrière universitaire, Eric Dickerson est le meilleur running back de la contrée et a le luxe de choisir l’équipe dans laquelle il va signer. C’est bien simple, l’enfant du Texas ne se voit pas ailleurs que dans le Lone Star State mais des universités au Texas, il y en a des dizaines et beaucoup sont extrêmement puissantes dans cet état où le Football est roi. Les offres s’enchaînent et les recruteurs font la queue pour faire venir le prodige dans leur université. Texas State le menace de faire perdre son travail à son arrière-grande tante qui est aussi sa mère adoptive, éliminé. USC lui propose une malette de 50,000 $ pour venir dans la lointaine Californie, éliminé.

Finalement le choix se fait entre Oklahoma, Texas A&M et Southern Methodist University. Si Dickerson accepte dans un premier temps l’offre de Texas A&M et décroche une Pontiac Trans-Am comme cadeau de bienvenue, il revient sur son choix et c’est finalement sur le parking de SMU que le jeune running back garera son bolide.

Chez les Mustangs, Dickerson partage les responsabilités dans le backfield avec Craig James. À deux, ils formeront un des jeux de courses les plus légendaires du pays. Son surnom : le Pony Express, qui reprend cette entreprise chargée de distribuer le courrier à cheval et notamment de faire la liaison entre l’Est et L’Ouest des États-Unis avant que le télégraphe ne la rende obsolète. Les deux facteurs vont engloutir à eux deux 9032 yards et marquer 74 touchdowns en 4 ans de collaboration.

Sur le plan collectif, SMU termine invaincu en 1982, une première depuis 1926. Vainqueurs du Cotton Bowl contre les Panthers de Dan Marino, les Mustangs voient le titre national leur échapper au profit de Penn State. Encore aujourd’hui SMU se sent lésé étant la seule à avoir fini invaincue. Au niveau individuel, partager les responsabilités n’aide pas le duo à faire gonfler les stats pour remporter le Heisman Trophy. Mais pour eux, aucun problème comme l’explique Dickerson : « Grâce à Craig James, je suis arrivé en NFL en étant frais, sans avoir l’impression d’avoir déjà pris trop de coups, j’ai le sentiment que nous nous sommes protégés mutuellement. » Du coup pas d’Heisman pour Dickerson mais par contre il décrochera de nombreux records de conférence aux rênes du Pony Express que ce soit au nombre de yards ou aux touchdowns.

Le Poney devenu un Bélier

Se présentant à la draft avec l’étiquette de franchise running back collée sur le casque, il est finalement sélectionné en deuxième position par les L.A Rams, juste après que Denver ait choisi de s’offrir le Quarterback John Elway. Il arrive dans la Cité des Anges avec la responsabilité de faire avancer l’équipe, les Rams étant quelque peu dépourvus au poste de Quarterback. Challenge accepté ! Son style très particulier, fait des ravages en NFL comme partout ailleurs. En effet, Dickerson est un géant bien loin des standards du poste (190 cm et 99 kg). Il courrait donc droit comme I, la tête haute à la recherche des ouvertures dans la défense. Une fois la brèche trouvée il était inarrêtable, on ne revient pas sur Eric Dickerson. Et si le front-seven n’a pas su le stopper, c’est foutu. Dickerson ne se gênera pas pour faire voler les defensive backs incapables d’arrêter ses 100 kilos en armure lancés à pleine vitesse. Comme le confiait Bob Myers son coach à l’université, « La moitié de l’équipe a peur de le plaquer, l’autre est trop lente pour le faire donc il peut courir autant qu’il veut. » Pour sa première année en 1983, il fait sauter tous les records de rookies à la course. 1808 yards à la course et 18 touchdowns. Dès sa première année, il mène la ligue au nombre de yards à la course. All Pro, Joueur offensif de l’année, Pro Bowler, Rookie de l’année, il rafle presque tous les honneurs alors qu’il n’est qu’un rookie.

Pour sa deuxième année, il se transforme même en The Roboback, le coureur mi-homme mi-machine et poursuit sa razzia. En effet, 1984, son année sophomore sera l’année de tous les records pour lui. 2 matchs à plus de 200 yards, 12 à plus de 100 yards, le coureur à lunettes efface le record d’O.J Simpson (2003 yards en 1973). Pire, il lui met 100 yards dans la vue et pose une nouvelle marque à 2108 yards. Il ne lui aura fallu que 15 matchs pour battre le record. C’est le 9 décembre 1984 que le géant écrit l’histoire, contre les Oilers d’Houston, la pire défense au sol de la ligue. Il lui fallait 212 yards à deux matchs de la fin de la saison, il profite de la faiblesse des Oilers pour en faire 215 yards. Symbolique, c’est sur une 47 gap, son jeu préféré qu’il obtient les 9 derniers yards et peut exulter. En playoffs, Dickerson s’offre un dernier record face à Dallas l’année d’après avec 235 yards au sol (19-0) mais se fera éteindre par les Bears l’une des plus grandes défenses de tous les temps au tour suivant (0-24).

L’ancêtre de The Decision et les dernières années à Indianapolis

Frustré par les défaites en playoffs qu’il attribue à la faiblesse du poste de quarterback qui change tous les ans à LA, Dickerson, qui est clairement le dépositaire de l’attaque des Rams, veut être payé. Il veut être le running back le plus cher de l’histoire, plus encore, il estime mériter un salaire de quarterback. En fait, il veut le million de dollars. Mais à l’époque vous ne payez pas un coureur 1 million de dollars. C’est pourquoi après deux matchs de grève en 1985, il demande son transfert en 1987 et attend d’être tradé.

Finalement, c’est les Colts, qui remportent le gros lot et 23 ans avant Lebron James et The Decision, Dickerson annonce en live sur ESPN, son trade à Indianapolis. Passer de Los Angeles, du strass et des paillettes d’Hollywood à la campagne de l’Indiana, sacré changement d’ambiance pour Dickerson qui s’ennuie dans cette ville où il ne se passe pas grand-chose. Mais pas le temps de s’ennuyer pour le running back. Transféré le Vendredi, les Colts le veulent sur le terrain le dimanche. En une nuit, le coach réinvente toute sa stratégie offensive autour de son nouvel atout et lui présente son gameplan dans l’avion qui les emmenait à New York pour affronter les Jets. La chance c’est que le coach des Colts se trouve être Bob Myers, son ancien mentor du côté de SMU. Avec lui, Eric Dickerson continue de marcher sur la ligue mais ne participera plus jamais aux playoffs NFL. Doté d’un nouveau contrat mirobolant à 2 millions de dollars, Dickerson n’arrive pas à faire gagner son équipe. En 1991 les Colts touchent le fond avec un bilan de 1-15, de plus en plus souvent blessé, conspué par les fans pour son contrat, Dickerson n’en peux plus. Il retourne en Californie faire une pige chez les Raiders histoire d’arrondir ses chiffres et de prendre une place de plus en plus haute dans l’histoire de la NFL avant de raccrocher les crampons. Il termine à la deuxième place au nombre de yards courus en carrière. C’est donc logiquement que Dickerson fut sélectionné dans l’équipe du centenaire de la NFL cette année. Ce qu’il reste de Big Eric, un style inimitable et des records sur lesquels tous les extraterrestres de la NFL se sont cassés les dents depuis.