On le surnomme le Bronze Bomber, 42 combats, 41 victoires, 40 KOs et 1 nul. Un tueur qui compense ses carences techniques par sa rage de vaincre et la foudre qu’il a dans la main droite. Venu de Tuscaloosa dans l’Alabama, en plein dans le Deep South des Etats-Unis, là où on parle avec un accent à couper au couteau, où le football américain et le Crimson Tide font office de religions, rien ne devait le mener à devenir l’un des boxeurs les plus connus et bankables de la planète.
Une enfance loin de l’école de la boxe
Lui se voyait plutôt basketteur ou footballeur. Mais alors qu’il est âgé de 19 ans, la naissance de sa fille avec un spina-bifida va mettre à mal ses rêves d’université. Il se retrouve à enchaîner les petits boulots pour faire tenir debout sa petite famille et payer les frais médicaux pour sa fille. « Je n’ai jamais encaissé un tel coup dur ! Quand tu attends un bébé, tu te visualises plein de choses positives, tu espères qu’il sera en bonne santé. Le spina-bifida affecte la colonne vertébrale. Jusqu’à paralyser les membres inférieurs. On peut finir en chaise roulante. Je n’étais qu’un môme. J’ai fait face, même si j’étais désemparé. Je n’avais plus le coeur à étudier. Il me fallait trouver de l’argent pour payer les frais médicaux, puis les écoles adaptées. »
Puis soudain la boxe lui est tombée dessus. Plus une bénédiction qu’un coup du sort pour lui comme il l’explique « Si je n’étais pas devenu bon très vite, je serais toujours en train de conduire des camions Budweiser dans l’Alabama. » C’est pourquoi il commence la boxe à 20 ans bien plus tard que n’importe quel star de la boxe. Et pourtant, venant d’un milieu plutôt aisé, rien ne le prédestinait à devenir boxeur. Mais pour gagner de l’argent, il faut faire vite et c’est pourquoi il demande à ses coachs « Donne-moi juste les fondamentaux après je gérerais. »
Il a effectivement réussi ses débuts dans la boxe et après une carrière amateure express où en un an et demi il s’octroiera les Golden Gloves, le championnat des Etats-Unis et une médaille de bronze aux Jeux Olympiques de Pékin en 2008 pour terminer avec un bilan de 30 victoires pour 5 défaites. Faire tout ça en ayant commencé la boxe moins d’un an auparavant est du jamais-vu. Mais il ne comptait pas trop s’attarder dans les rangs amateurs et devient professionnel dans la foulée des JO.
D’une machine à tuer des inconnus au champion du monde
Si ses 27 premiers combats, tous soldés par des KO dont 14 au premier round, sont pour la plupart contre des nobodies, ils lui permettent petit à petit de se faire un nom et de monter dans les classements pour affronter de meilleurs adversaires. Après avoir terrassé tour à tour Audley Harrison et Siarhei Liakhovich deux anciens champions du monde dès la première reprise, il devient légitimement un contender pour les ceintures de champion du monde.
C’est finalement le 17 janvier 2015 contre l’Hawaiien Bermane Stiverne (24-1-1) que Deontay Wilder aura pour la première fois l’occasion de mettre la main sur l’or mondial. Une conquête qui allait s’avérer être un gros test face à un concurrent bien installé dans le Top 10 de la catégorie. Et pour la première fois, dans un affrontement qui aurait dû se résumer à qui mettra le premier gros coup, le Bronze Bomber ne pourra mettre fin au combat avant la décision. S’il est déclaré large vainqueur à l’unanimité des trois juges, c’est bien la seule fois de sa carrière qu’il ne parvient pas à mettre au sol son adversaire. Pourtant, cela reste le combat dont Wilder est le plus fier « Gagner ma ceinture, il n’y a rien de mieux, j’ai prouvé au monde que je pouvais aussi prendre des coups, que je suis un boxeur pas juste un cogneur. Quand je suis dans cette mentalité, cet état d’esprit, peu importe ce que tu fais, tu ne me battras pas. »
Illustration contre le vétéran mexicain Chris Arreola où malgré avoir subi une double fracture dans sa main droite, et déchiré un muscle de ce même bras, il dut faire sans son arme de destruction massive. Mais pas de problème pour le Bronze Bomber « Soit tu jettes la serviette, soit tu continues à être le roi. J’ai choisi de garder mon titre et de continuer à dominer le monde. »
La double confrontation contre Luis Ortiz et Fury : Le Bronze Bomber vaut de l’Or

Après avoir rebattu Stiverne dans sa défense de titre la plus attendue jusqu’à l’heure en l’envoyant par 3 fois au tapis dès le premier round, Wilder va finalement accepter le challenge le plus risqué de sa carrière en relevant le défi de Luis Ortiz (28-0-0 24 KOs). Le Mexicain était aussi renommé que Deontay Wilder et les côtes des deux champions étaient presque égales. Ce fut l’un des matchs les plus dur pour le Bronze Bomber en difficulté durant les 6 premières reprises, il semble être parti pour perdre le match et frôle même le KO lors de la septième reprise. Mais voilà avec une telle puissance, il ne lui suffisait que d’un coup et Wilder exécutera King Kong d’un uppercut de sa main droite dans la 10e reprise, non sans avoir livré le match le plus dur de sa carrière.
Après Luis Ortiz, Wilder veut un encore plus gros poisson et s’attaque à un combat qui le fera passer dans le rang des stars du noble art. En effet, auréolé de son titre WBC, il veut affronter Tyson Fury (27-0-0), l’homme qui compte à son tableau de chasse Derek Chisora, Christian Hammer et surtout Wladimir Klitschko. Mais c’est surtout l’ancien champion du monde WBA, IBF, WBO et IBO de retour après 3 ans d’absence avec un nouveau gabarit, mais la même dangerosité, la même fluidité dans les enchaînements. Et dans l’un des combats de poids lourds les plus attendus du XXIe siècle, Fury largement meilleur technicien domine les échanges et semble bien parti pour s’imposer jusqu’au dernier round. La main droite frappe encore, Fury est au sol, mais réussi à se relever pour emmener le combat à la décision qui sera finalement déclarée nulle.
Après ce match, le combat le plus attendu du monde est le Fury VS Wilder II, mais avant ça le Bronze Bomber va retrouver Luis Ortiz qui ne pourra pas soutenir la comparaison cette fois-ci et sera stoppé au 7e round.
Tout cela le mène à se présenter dans 5 jours avec un bilan de 41 victoires et 40 KO en 42 combats, un bilan de jeux vidéos, un bilan de film le genre de bilan qu’aurait l’adversaire du héros dans le prochain Creed.
Une main droite qui pourrait envoyer n’importe qui au cimetière.
Naturellement, Deontay Wilder a des mensurations et un gabarit l’envoyant plutôt chez les poids mi-lourds. S’il est un grand échalas de 2 mètres 06, son poids de forme naturel est bien en dessous des standards des poids lourds. Ajoutez à cela une technique un peu gauche qui lui donne la réputation d’un boxeur sale, loin d’être un esthète, et vous aurez le portrait d’un boxeur du ventre mou des classements internationaux. Mais lui a une foudre dans la main droite, une puissance et une capacité à mettre KO peu importe l’avancée dans le combat et le nombre de coups qu’il a reçu qui le met déjà parmi les plus grands de tous les temps.

« Je ne suis pas le plus lourd ni le plus grand comme on pourrait l’attendre d’un champion poids-lourds mais j’ai en moi quelque chose qui ne peut pas s’apprendre. C’est un don de dieu mec, des fois ça me fait peur je ne connais pas ma force. Quand je frappe ces gars je sens leurs os se fracasser contre ma main et je sais que ça veut dire bonne nuit » Un talent confirmé par ses coachs « Il est né pour boxer, pour cogner, il a une telle force dans la main droite. » Forcément les KOs font le spectacle et le spectacle attire le public et avec le public vient l’argent et la renommée « C’est mon job, je mets les gens KO pour vivre »
Illustration après sa 3e défense de titre et son terrible KO infligé au polonais Arthur Spizilka qui restera inanimé plusieurs minutes sur le tablier du ring « Il peut avoir une famille, une femme, des gosses… Je m’en fous complètement, quand je suis dans cet état d’esprit… Tu sais, c’est un sport de gladiateurs, de combattants ce n’est pas de la gymnastique » Il ira jusqu’à déclarer en plaisantant « je veux avoir un mort sur mon tableau de chasse »
Une carrière pour sa fille
Si Deontay Wilder est devenu si impossible à battre, il donne le crédit de sa motivation et de sa rage de vaincre à sa fille « Comment voulez-vous battre quelqu’un qui ne se bat pas pour lui-même mais pour une petite fille à qui il a promis de se battre jusqu’au bout et de gagner » Cette citation pourrait très bien être sortie d’un Rocky mais c’est bien ça la mentalité du Bronze Bomber, véritable papa poule hors du ring mais démon dedans. Mais le Bronze Bomber a aussi créé tout un personnage marketing qu’il maitrise à la perfection entre ses entrées tout de doré vétu avec son masque vénitien de bronze qui est devenu aussi révéré que lui au fur et à mesure de ses combats « Le masque m’a choisi, je ne l’ai pas choisi en fait il veut dire « Voilà le Bronze Bomber, Deontay Wilder n’existe plus. » Il a aussi son fan club qui se réunissent sous la bannière de la Bomb Zquad. Deontay Wilder, c’est un gars sorti d’Alabama poussé par la vie à devenir l’un des monstres sacrés de la boxe aujourd’hui.

