Autant le dire d’emblée, Nikola Jokic n’a que 24 ans et le comparer à une légende du basket FIBA, un des meilleurs joueurs européen de tous les temps est déjà en soit un sérieux éloge. Cela montre bien à quel point le Serbe domine en NBA, avec une vision du jeu et une adresse délirante pour son gabarit, il semble être un pivot à part dans la caste des pivots NBA. Son jeu qui repose bien plus sur ses fondamentaux que sur ses qualités physiques à fait de lui le pivot le plus dominant de l’Ouest voir de la ligue… Tout comme Arvydas Sabonis à l’époque. Dégager un tel constat montre à quel point le lituanien était en avance sur son temps, mais pourtant, si l’on ne devait en garder qu’un… Qui de Big Honey ou du Grand Duc gagnerait la palme ? Ladies and Gentleman Let’s get ready to rumble !
Palmarès et Legacy
Les Nuggets n’ont plus qu’à exploiter le filon
Dans le coin droit, Nikola Jokic, du haut de ses 2 mètres 13, de ses 129 kg et de ses 2 mètres 29 d’envergure, il s’est imposé à 24 ans et avec 5 saisons NBA au compteur comme la face de la franchise de Denver. Du haut de ses 35 triples-doubles, il est 10e dans ce classement et l’homme de tous les records, Wilt Chamberlain est le seul à avoir compilé plus de 10/10/10 depuis la peinture. Une fois All Star, une fois All-NBA, médaillé d’argent des jeux de Rio avec la Serbie, ce n’est pas côté palmarès qu’il est le plus brillant. Sa carrière NBA prend tout juste son envol et le meilleur est à venir, aussi bien individuellement que collectivement. Les Nuggets l’ont resigné au max pour 5 ans, à voir comment les chercheurs d’or vont gérer le phénomène sans gâcher leur perle rare.
Une carrière vraiment gâchée par le rideau de fer ?
Dans le coin de gauche se tient un albatros, 221 cm de long, 126 kg sur la balance, Tsar de l’Europe de la balle orange dans les années 80 chez Kaunas puis le Real, anomalie capable de dominer dans la jungle que représentaient les raquettes de la NBA de la fin des années 90 malgré deux genoux qui grinçaient à Portland, champion de tout en Europe, Champion d’Europe (1985), du Monde (1982) et Olympique (1988) avec L’URSS puis la Lituanie. Double Hall of Famer, double MVP de l’Euroligue, les accolades ne manquent pas pour décrire la carrière de Sabonis. Et pourtant celle-ci reste une des plus mésestimées parmi les grands pivots du basket, car il a passé la plupart de sa carrière en Europe, et que sa carrière NBA, commencée à 31 ans alors que son prime était déjà passé et que les blessures s’enchainaient ne laisse qu’une image quelque peu terne du dominateur qu’il était. Mais est-ce vraiment pour le pire ? Sabas a été le centre du monde du basket européen pendant 13 ans sans jamais que personne ne lui fasse de l’ombre ni ne puisse réellement contester sa domination. En plus, sa victoire face aux Américains aux Jeux de Séoul en 1988 contre un certain David Robinson sur lequel il s’est offert un joli poster avait terminé de cimenter son rang de meilleur pivot du monde. Alors pourquoi faire le grand saut ? Car il n’avait plus rien à prouver en Europe et les sirènes de la grande ligue étaient trop fortes même pour le Rideau de Fer.
Le Jeu : Deux joueurs à l’école des fondamentaux de l’Europe de l’Est
En somme, avec Sabonis, vous aviez le jeu de Kareem Abdul-Jabbar, avec cette pointe de fondamentaux à l’Européenne en plus qui lui permettaient de tirer à trois points, dans le Corps de Shaq avec les genoux de Greg Oden. Une équation impossible à résoudre pour les défenseurs, la combinaison de ses mains d’or et de sa taille en font un joueur létal au poste bas. De ce fait, il était systématiquement pris à deux voir à trois dès qu’il était au poste. Mais ce n’était pas le bon choix non plus, puisque Sabonis avait une incroyable intelligence de jeu qui lui permettait de trouver toujours le joueur que la prise à deux avait libéré. Pour autant, le vendre comme un grand passeur est un peu exagéré, il ne tourne qu’à 2 passes décisives en carrière. Sérieux athlète dans les années 80, il pouvait dunker sur qui il voulait s’il se retrouvait face au panier (David Robinson pourra vous en parler).

Une force de la nature et un vrai intimidateur dans la raquette qui tournait à plus de 2.5 contres et 1.5 interceptions en Euroligue. Sa capacité à gober les rebonds est plus à relativiser face à la concurrence des athlètes NBA, et, au vu de sa taille, son unique saison en double-double est un peu faiblarde. Ses fondamentaux donc, en faisaient un pivot hors du commun pour l’époque, mais diablement moderne. est un mot trop faible pour décrire la technicité et la variété de l’arsenal du géant. Skyhook, fadeaway au poste, turnaround jumper, spinmove, eurostep capable de sanctionner même jusque derrière la ligne à trois-points, il est capable de se sortir de n’importe quelle situation et n’importe quel plan proposé par la défense.
Jokic, lui c’est un peu comme si Steve Nash faisait 2 mètres 13. En effet, Jokic a un sens inné de la passe, des yeux dans le dos et un sixième sens rare chez les basketteurs, unique chez les pivots. En effet, contrairement à Sabonis, Jokic n’a pas le privilège d’être doublé dès qu’il est au poste. Mais depuis le poste haut, il scanne la défense et fait très souvent le bon choix.
En fait, il est le seul intérieur à avoir jamais été dans le Top 10 au nombre de passes décisives en une saison. Avec 6.4 passes décisives en carrière aucun pivot NBA ne l’approche dans cette catégorie, aucun pivot n’a jamais délivré 5 caviars par match durant leur carrière à part le Joker. Grâce à sa capacité à distribuer le jeu, Denver peut se passer d’avoir un vrai créateur au poste un. Un luxe rare dans le basket.

Avec son physique loin d’être taillé dans le marbre, on pourrait le croire lent et mou, mais le Joker est un faux lent capable de décocher un pull-up hyper rapidement. Il bénéficie aussi d’une range tout à fait appréciable qui en font presque un tireur d’élite pour son poste. De la même façon son implication en défense ne fait que progresser même s’il est loin de compter parmi les meilleurs chiens de garde de la ligue. Il compte déjà parmi les joueurs les plus clutchs de la ligue et claque régulièrement des buzzers beaters. Performance rare chez les pivots
Les Références
Jokic : Dominer en triple menace

La saison référence : 2018-2019
Pour Jokic le choix de sa meilleure saison ne laisse pas grande place au doute, c’est le dernier exercice que l’on choisit pour parler de saison référence. Le choix n’est pas démesuré certes, mais en 2019, le Joker ne faisait rire personne. 20pts à 55 % au shoot, 10 rebonds, plus de 7 passes décisives et 1.5 interceptions par matchs. Avec plusieurs performances de choix et 12 triples doubles (record en une saison pour un pivot depuis Chamberlain), il porte les Nuggets à un bilan de 54 Victoires pour 28 défaites et finit 2e de la conférence Ouest. En playoffs, il ajoutera 3 triples doubles de plus pour sortir les Spurs au premier tour avant de s’incliner lors d’un game 7 contre Damian Lillard et les Blazers
Le match référence : Contre les Phoenix Suns le 20 Octobre 2018

Dès le deuxième match de sa campagne, pour le match d’ouverture à domicile des Nuggets, c’est un Jokic au plus que parfait qui se présente au Pepsi Center. Profitant des largesses défensives des Suns, ils s’offrent un véritable Welcome to the NBA moment face au rookie n°1 de draft DeAndre Ayton. Résultat un triple double parfait sans aucun déchet dans le jeu.
34 points et aucun tir manqué, 11 passes décisives et aucune balle perdue, le tout en seulement 30 petites minutes. Une performance qui le fait rentrer dans un club où il est seul avec Chamberlain, il y a pire comme compagnie.
Cette performance démarre une saison où il sera prétendant toute l’année au titre de MVP avant de finir au pied du podium lors du vote final. Ayton, encore trop tendre s’est pris de son propre aveu une masterclass de 30 minutes. Incapable de tenir la dragée haute au footwork du Joker il a rapidement concédé les fautes et fut incapable de se rebeller face à un adversaire aussi roublard que Jokic
Sabonis : Roi d’Europe, Roi face à sa Majesté

La saison référence : 1995
Quand on a une carrière aussi longue et aussi fournie que celle de Sabonis, il est difficile de distinguer le moment ou il était en prime. Trois périodes étaient en concurrence : Sa domination dans ses jeunes années au Kaunas et notamment la saison 1986 où il tournait à presque 29 pts de moyennes, Ses dernières années en Europe ou avec le Real il écrasait tout sur son passage, et ses premières années en NBA , ou à 31 ans il était le rookie le plus détonnant et le plus dominant qui soit. Finalement c’est sur sa dernière saison au Real en 1995 que j’ai choisi de m’attarder.

En 1995 Sabonis commence à se faire vieux mais il continue à être absolument grandiose pour le Real, sous les ordres du serbe Zeljko Obradevic Sabonis est la plaque tournante de l’équipe et pour sa dernière saison européenne il ne fait pas dans la dentelle et termine la phase de poule avec un double-double bien sérieux en 21/11 tout en sortant quelques performances de choix comme contre Olimpja (30 pts 20 rebonds à 12/21 au tir.) En phase finale Sabonis élève encore son niveau de jeu et permet à son équipe de disposer successivement du Cibona Zagreb, de Limoges puis du Panathinaikos pour remporter l’Euroleague sur le final four, il s’en sort avec des statistiques brillantes de 22 points, 8 rebonds à 15/23 aux tirs. Mais le plus fort c’est qu’il termine cette campagne à 58% au tir mais 55% à 3pts. Colossal. Remportant le dernier trophée qui lui manquait, MVP de tout en Europe et dans le basket FIBA, il partira enfin en Amérique à la recherche de nouveaux défis.
Le match référence : 25 Février 1998 contre les Chicago Bulls

Ce soir-là les Bulls avec un bilan de 42-16 et en mission pour remporter un deuxième threepeat se heurtent à un rocher de 2 mètres 20 qui sublimera l’équipe moyenne que représentait les Trailblazers à cette époque. Au United Center, les Blazers asphyxieront complètement MJ et ses coéquipiers pour s’offrir une victoire de prestige contre les futurs champions. Cette victoire ils la doivent à un Sabonis omniprésent au rebond et dans la raquette qui force Jordan et Pippen à jouer dans le périmètre. Jordan shootera à 34.6% pour scorer tout de même 33 pts tandis que Pippen devra se contenter de 12 pts à 35% au shoot. Dans le même temps Sabonis mettra 21 points et prendra 20 rebonds. à 9/14 au tir. Le temps d’un soir, le grand duc a fait la leçon à His Airness
Si Arvydas Sabonis remporte le duel, rien ne dit que Nikola Jokic ne pourra pas transformer ce débat d’ici à la fin de sa carrière car il n’a que 24 ans. Généralement le Joker est le dernier à rire.

